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L'obsolescence programmée

Un enjeu du XXIème siècle

Posté dans Sujets de société — le 24 février 2015

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L’obsolescence programmée est un phénomène économique relié en droite ligne à la logique du capitalisme. Elle est presque obligatoirement liée à l’idée d’hyper-productivisme. Elle est le luxe, en fait, de l’hyper-productivisme. Parce que dans une société de production traditionnelle à ce qu’on appelle le « pace of God » (le rythme de Dieu), cette grande foutaise ne saurait être permise. Mais qu’est-ce que l’obsolescence programmée ?

Définition

L’obsolescence programmée est le raccourcissement volontaire de la durée de vie d’un produit.

Le but avoué le plus recherché par cette pratique est de faire revenir le « consommateur » le plus rapidement possible, pour qu’il achète un nouveau produit, afin de maintenir un chiffre de vente profitable.

Figure : Des montagnes de véhicules au dépotoir. Dans certains pays où l'obsolescence programmée est plus limitée, certains véhicules plus anciens que ceux de la photo sont encore en activité.

Figure : Des milliers de produits remplissent les dépotoirs alors que sans l'obsolescence programmée, ils seraient encore utilisés.

Histoire du phénomène

Le phénomène débute il y a au moins une centaine d’années (ça fait si longtemps oui.) Notre système économique capitaliste n’est pas basé sur l’équilibre et la mesure, mais bien sur une production économique démesurée, toujours plus efficace (l’efficacité, ou la productivité, est le nombre de produits créés par unité de temps). Cette production amène une offre plus grande, et permet une demande plus grande, ce qui fait augmenter le niveau de vie. Toutefois, une fois que l’entreprise, par exemple, de réfrigérateurs, a vendu un réfrigérateur à tout le monde de la région, son marché sature : sa demande s’effondre. C’est bien logique ! Cela s’explique tout simplement par le fait que tout le monde a déjà un frigo et n’en veut pas d’autre parce qu’ils n’en ont pas besoin. Même chose pour tout dans la vie. Pourquoi s’acheter trente radios ? Un ça suffit ! Ordinateurs, télévisions, laveuses, tables, chaises, etc.

Le problème avec tout ça, c’est que dès le début du vingtième siècle, les entreprises se sont aperçu que si elles n’inventaient pas des façons de stimuler artificiellement la demande, dans un système capitaliste qui tend toujours vers la croissance (et non l’équilibre), elles allaient bientôt avoir une « end bottom line » rouge et faire faillite.

Dans ces méthodes de stimulation artificielle de la demande : l’obsolescence programmée !

Ainsi, dès le début du vingtième siècle :

Deux exemples classiques et complètement avérés : les ampoules incandescentes et les bas de nylon

Au début du XXème siècle, le cartel des ampoules électriques a décidé que l’ampoule électrique devait briser avant son temps, pour que les « consommateurs » en rachètent et ainsi maintenir leur marché. Après plusieurs tests et « fragilisations », ils ont déterminé qu’une ampoule devait durer seulement 1000 heures. Avant ce moment, les ampoules duraient beaucoup plus que 1000 heures. D’ailleurs, pour en savoir plus à ce sujet, allez lire la section au sujet du Centennial Bulb dans l’article : « L'ampoule bannie » sur A vos cerveaux !

Deuxième exemple : les bas de nylon. Avant le passage à l’obsolescence programmée dans le cas des bas de nylon, il était très rare qu’une maille se fasse dans ces produits. Le problème en était encore un de demande : il fallait vendre ! Mais un bas qui ne se casse pas n’est pas un bas qu’on veut remplacer, hélas.

Exemple récent en électronique : Le « Sony timer »

Un autre exemple, plus rapproché de nous, est le fameux « Sony timer » qui a fait beaucoup parlé depuis la fin des années 1980. En effet, Sony serait réputée pour avoir inséré dans ses produits électroniques (caméras, magnétoscopes, etc.) une petite puce électronique qui, après un certain nombre de jours d’utilisation, fait envoyer un message d’erreur généralisé qui rend l’appareil inutilisable (ou qui supprime nombre de fonctions importantes de l’appareil). Ce compteur est activé plusieurs mois ou années après l’achat, quand la compagnie jugerait que le produit devrait être maintenant remplacé par un nouveau. Cela incite donc le consommateur à racheter un autre produit.

Autre exemple électronique : les imprimantes

Certaines imprimantes auraient des puces, un peu comme le « Sony timer », qui compteraient le nombre de feuilles imprimées. Au bout de quelques milliers, le compteur bloquerait la machine, forçant le consommateur à la porter chez le réparateur. Le réparateur conseillerait surtout d’en acheter une neuve, puisque la faire réparer reviendrait finalement à plus cher qu’en acheter une neuve.

Accélération de l’obsolescence programmée au tournant des années 1990

Depuis les années 1990 (certains disent 1994), l’obsolescence programmée se serait aggravée. Les produits, surtout les réfrigérateurs, laveuses et sécheuses, les automobiles seraient plus durables avant ce moment qu’après. Tout ceci dit sans parler du tsunami des téléphones cellulaires, lecteurs mp3 ou autres machines portables qui auraient, dans certains cas, une durée de vie estimée à 6 mois… Tous ces appareils pourraient fonctionner beaucoup plus longtemps qu’ils ne fonctionnent en ce moment.

Dérivations de l’obsolescence programmée

Vous vous dites sûrement que ces pratiques sont immorales, ou dégueulasses, et même peut-être absurdes. Surtout quand vous pensez à la situation écologique mondiale… Mais vous n’avez pas tout entendu encore. En effet, l’obsolescence programmée n’est pas seulement ce qui a été montré ci-haut, soit : une manière directe de « trafiquer » le produit. En effet, il existe d’autres types d’obsolescence programmée… dont certains que vous ne soupçonneriez peut-être même pas.

1- La mode

En effet, la mode est une façon de créer les catégories « ce qui est in » et « ce qui est out ». Cela induit dans la société une pression sociale immense sur les individus. Il faut porter ce qui est in, ou du moins, ce qui n’est pas strictement out, sous peine de passer pour quelqu’un qu’il faudrait éviter.

À ceux qui ne seraient pas d’accord, je dirais ceci : La mode n’est pas seulement une façon de rendre le corps beau, même si c’est ce que vous pourriez penser. La mode n’est pas seulement une expression. Elle est aussi une séparatrice de ceux qui ont les moyens de changer constamment de garde-robe, et ceux qui ne les ont pas. Corollairement, ceux qui ont les moyens, sont constamment en train d’acheter de nouveaux produits : ils font rouler un marché et une demande.

Malheureusement, si vraiment, la mode ne servait qu’à aller chercher le plus beau de l’esthétique vestimentaire, on n’aurait pas droit à certaines lignes de vêtements qui sont parfois si horribles (dans les lignes de prêt-à-porter abordable)…

2- La promotion intense du concept de « nouveauté »

Le « nouveau » est toujours en demande. Même, cette idée, si ancrée dans nos esprits, finit par faire en sorte qu’on souhaite que la majorité des choses autour de nous soient nouvelles. Ainsi, même si un produit de notre entourage fonctionne parfaitement mais accuse un peu d’âge, on cherchera à le remplacer par le dernier cri. Même, socialement, quand on a un four des années 1970 dans notre cuisine, on se le fait souvent dire : « Ah toi tu as un vieux four. » La personne qui le dit ne le dit pas parce que c’est important, mais surtout parce qu’elle est habituée à évoluer avec le concept de nouveauté et qu’inconsciemment, elle est presque surprise quand elle ne voit pas quelque chose de nouveau.

3- Les dates de péremption sur les produits

Bien que les dates soient importantes parce que certains produits deviennent vraiment dangereux après un certain temps, plusieurs produits sont encore très bons après quelques jours, voire même parfois quelques semaines après la date. Dans le cas de certains produits, les compagnies rapprochent la date de péremption afin d’inciter le « consommateur » à jeter plus rapidement le produit afin d’aller en acheter un nouveau.

Figure : Les téléphones portables sont des objets de mode, de nouveauté et de technologie. Leur durée de vie est d'environ 1 an. Certaines personnes réussissent à avoir 3-4 téléphones en un an!

Les conséquences bien réelles de l’obsolescence programmée et du système économique qui la supporte

La première conséquence de l’obsolescence programmée, vous vous en doutez bien, c’est d’appeler plus souvent le réparateur. La seconde conséquence, c’est qu’après avoir tout essayé (ou pas !), on décide d’aller acheter un nouveau produit. La troisième conséquence, c’est que bien trop souvent, on jette carrément le produit maintenant obsolète à la poubelle. Ceci est précisément un des grands contributeurs à la crise écologique de notre époque. Vous vous rappelez du « continent de plastique dans l’Océan Pacifique » (The Great Pacific Ocean Plastic Patch) ? Vous vous rappelez des kilomètres de dépotoirs de poubelles et déchets toxiques à perte de vue ? Des territoires contaminés ne donnant plus rien avant des siècles probablement.

Et tout ça pourquoi ? Parce que, au-delà de polluer la planète et de polluer nos vies d’appels à des réparateurs trop souvent, une autre des conséquences de l’obsolescence programmée est de stimuler artificiellement une demande dans un secteur économique d’une économie capitaliste devenue trop productive et se cherchant impérativement des débouchés pour écouler les stocks et balancer les budgets.

Mais la pire conséquence…

…c’est l’effet « facteur humain ». Pensez à ceci. Une entreprise qui fabrique des réfrigérateurs qu’on fabrique en leur incluant une obsolescence programmée, ce sont des réfrigérateurs qui briseront dans peut-être 5 ans au lieu de 50 ans. Cela veut dire qu’effectivement comme on l’a dit, le réfrigérateur remplira un dépotoir rapidement. Mais cela veut aussi dire que les travailleurs qui font les réfrigérateurs auront 10 fois plus de travail, car si cela prend 1 réfrigérateur qui dure 50 ans, cela en prend 10 qui durent 5 ans chacun pour faire le même 50 ans…

On en arrive donc à une situation dans laquelle des travailleurs effectuent un travail qui ne veut plus rien dire du tout. Ils sont condamnés à fabriquer des réfrigérateurs pour faire tourner la feuille de budget de leur entreprise, mais leur travail n’a plus du tout de sens, étant donné qu’ils mettent leur sueur et leurs efforts dans un travail qui sera à jeter dans 5 ans. C’est vraiment celle-là, la pire des conséquences : condamner des femmes, des hommes et parfois même des enfants, à passer leur vie à faire un travail qui ne sert à rien. Pour une société soucieuse des droits de l’homme et qui proclame que la vie de n’importe quelle personne n’a pas de prix, c’est vraiment odieux.

Figure : Voici un dépotoir de réfrigérateurs.

Conclusion

Qu’est-ce qui est vraiment en cause ici ? L’obsolescence programmée semble n’être qu’un effet d’une cause plus importante : la logique interne de notre économie. Cette logique de production de croissance infinie. En effet, dans un système équilibré, où on ne produirait que le bon nombre de réfrigérateurs, le bon nombre d’imprimantes, d’ampoules, pour satisfaire à la demande d’une population certaine, on n’aurait pas eu besoin d’inventer l’obsolescence programmée. Ainsi, ce qui est en cause ici, c’est directement le capitalisme. Et cela, il faut que tout le monde soit bien au courant et ne l’oublie pas.




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