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La gauche, la droite et les partis politiques

Explication simple et claire de la droite et la gauche

Posté dans Sujets de société — le 10 mars 2015

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La question de l’orientation politique est intimement liée à la question même de partis politiques. Dans un système « démocratique et parlementaire », ces mots sont utilisés constamment. Mais, ce qui est extrêmement particulier, c’est que la grande majorité des « citoyens » qui les utilisent ne savent pas exactement ce à quoi ils font référence quand ils les utilisent. En effet, la définition de ces mots n’est pas claire, autant dans les médias que dans les conversations familiales, amicales ou en société. Pourtant tout le monde fait comme si on comprenait le mot. Mais c’est une compréhension intuitive, floue et approximative, la plupart du temps. Clarifions donc cette question aujourd’hui.

La petite histoire de la gauche et de la droite

Historiquement, la gauche et la droite sont des idées politiques qui apparaissent avec l’époque moderne, alors que les monarchies européennes et les nouveaux Etats-Unis fondent les premières démocraties modernes (notamment à la suite de la Révolution française de 1789), où le pouvoir est officiellement exercé par le peuple. La gauche et la droite sont donc les côtés gauche, ou droit, de l’hémicycle politique (un presque demi-cercle), où les représentants désignés par le peuple siègent.

Toujours historiquement, donc, les gens qui étaient plutôt assis à gauche dans l’hémicycle étaient plus progressistes (pour le progrès), antiroyalistes (ou contre la tradition), révolutionnaires, ou égalitaires. De l’autre côté, ceux qui étaient assis plus à droite étaient antiprogressistes, royalistes (ou traditionnalistes), contre-révolutionnaires, ou pour la société d’ordres (la Tradition, l’Ancien Régime, ayant été composé de Trois Ordres : la royauté, le clergé, et le tiers-état). D’où les termes qui nous sont restés aujourd’hui… à « gauche », à « droite »…

Une particularité bien « occidentale »

Avant d’aller plus loin, notons tout de même que l’invention des termes « gauche » et « droite » est spécifique aux pays occidentaux et de l’ancien empire britannique (les pays du Commonwealth : Canada, Australie, Nouvelle-Zélande, Afrique du Sud, et Etats-Unis avant d’être indépendants…).

Traditionnellement ailleurs, dans les pays orientaux, les pays moyen-orientaux ou encore même en Grèce, les idées « gauche / droite » n’ont pas existé. C’est définitivement amené par l’Occident.

Être de gauche et de droite soi-même, et les partis de gauche et droite

Ainsi, les années ont passé, et la signification de ces mots a évolué. On n’est plus assis à gauche dans l’hémicycle, mais on est « de gauche »… Même chose pour « de droite », et ce, jusqu’à aujourd’hui, où les gens utilisent ces mots, sans savoir exactement ce qu’ils veulent dire…

On entend souvent que « la gauche est plus généreuse, gentille » etc. et beaucoup de gens ont tendance à se dire spontanément « de gauche ». On a souvent tendance à voir les gens de droite comme des individualistes, des carriéristes égoïstes, ou alors des fils-à-papa qui ont eu le gros héritage et qui veulent le garder pour eux, ou alors, la droite a aussi souvent la réputation d’être autoritaire et pas drôle ni gentille.

Pourtant, réfléchissons un peu ici. La gauche… la droite… Quand quelqu’un se dit de gauche ou de droite, qu’est-ce qu’il dit ? En fait, il ne dit strictement rien, concrètement. Être de gauche ou de droite, ça ne dit pas exactement ce à quoi on adhère d’un bord ou de l’autre. Car en effet, on peut être de gauche et ne pas adhérer à certaines idées progressistes ! On peut être de droite et être tout à fait d’accord que le néolibéralisme (réputé de droite) est une abomination !

Donc fondamentalement, quand on dit qu’on est de gauche ou de droite, on ne dit rien. En fait, ces termes sont extrêmement néfastes aux idées politiques, parce qu’en les utilisant, ça nous permet de simplifier au maximum la pensée politique. Avec « gauche » et « droite », nul besoin de recourir à des concepts plus compliqués lorsque les gens se parlent avec « gauche » « droite » plutôt qu’avec, disons, « progressisme », « étatisme », « libéralisme », « socialisme », « inégalités sociales », « taux de productivité », etc. Tous ces termes renvoient à des questions politiques bien plus compliquées, et aussi plus pertinentes, que de se demander si on est de gauche ou de droite.

D’ailleurs, il faut noter une dernière chose au sujet de « gauche droite »…

Gauche et droite, un binôme à au moins 4 facettes

La chose à noter est la suivante : il existe deux faces à la gauche, et deux faces à la droite…

Il y a :

- La gauche philosophique : c’est la gauche progressiste, des « Lumières », laïque, pour l’émancipation et la liberté des modes de vie, mondialiste (sans frontières). C’est la « gauche des valeurs ».


- La gauche économique : c’est la gauche libérale sociale, socialisante et communisante, certainement redistributrice des richesses. Elle est souvent altermondialiste (ou antimondialiste). C’est « la gauche du Travail ».


- La droite philosophique : c’est la droite traditionnaliste, conservatrice (sens de la patrie et nationalisme), souvent chrétienne, pour le maintien d’un ordre établi dans le temps et la religion, et équilibré, donc plus fermée à la liberté des modes de vie, nationaliste. C’est la « droite des valeurs ».


- La droite économique : c’est la droite (néo-)libérale, capitaliste, qui préconise les théories néolibérales et qui affirme que les inégalités sociales sont beaucoup dues aux efforts que chacun fait, que les riches sont en ce sens méritants, et que le système est ainsi fait que le ruissellement de la richesse des riches aux moins riches fait que les inégalités se réduisent d’elles-mêmes. C’est « la droite du Capital ».

C’est ainsi qu’une seule et même personne peut se sentir de « la gauche des valeurs et la droite du capital », les « deux gauches », « la gauche du travail et la droite des valeurs », ou des « deux droites »…

Maintenant que cela est dit, ça n’est plus si facile être de gauche ou de droite alors, n’est-ce pas ?

Ceci nous amène à cette question :

Le clivage « gauche droite » est-il réel ?

La réalité, ce monde qui s’offre à nous chaque jour, est-il composé d’un clivage « gauche droite » ? C’est-à-dire que, si nous décidions de ne plus jamais parler de « gauche et de droite », est-ce que cette réalité continuerait de nous renvoyer les signaux que ce clivage existe réellement ?

Nous suggérons que non, et voici pourquoi…

La politique menée dans un pays est une politique pensée pour le peuple de ce pays. Cette politique est un projet, décidé arbitrairement, avec l’aide d’experts ou non, pour définir un protocole d’actions à poser en vue d’un projet quelconque : une vision politique (c’est très rare aujourd’hui), ou plutôt ce qu’on appelle la «  realpolitik » chez les allemands aujourd’hui, ou la politique du « problem solving », l’équivalent en anglais, donc le « pas de vision » et « on s’occupe des problèmes du système tel qu’il est maintenant, sans rêver d’un système différent »…

Or depuis plusieurs années, l’idée est propagée dans le peuple qu’on peut être de gauche, ou de droite, et que, donc, il y a (au moins) deux façons de penser en politique. Il y a deux murs d’idées, plus ou moins bonnes, plus ou moins préjugées, qui se font face et qui luttent ensemble, pour, au fil de mandats électoraux, s’échanger le pouvoir et mener, le temps d’un ou deux mandats, leur politique « de gauche » ou « de droite »…

Ce clivage n’existe pas pour une bonne raison : être de gauche ou de droite, comme on le disait tantôt, c’est être de gauche sur certaines questions et un peu de droite sur d’autres, et vice versa. En termes de realpolitik, chaque problème trouvera sa réponse, une réponse qui ne se mesurera pas vraiment en « gauche » ou « droite » mais en efficacité. C’est-à-dire que c’est des mesures qui passent pour les besoins du peuple à un moment qui le demande.

Ainsi, la vraie « lutte » n’est pas à chercher dans un peuple qui est divisé en deux équipes (ou clans, ou factions) : les bleus (droite) et les rouges (gauche), mais plutôt dans une catégorie toujours valide aujourd’hui : la lutte Capital/Travail (la lutte des classes).

Il faut absolument citer un auteur à ce sujet, Alain Badiou (philosophe français) :

« démocratie » désigne expressément une forme de gouvernement, la « représentation » parlementaire, dont le protocole de base est l’élection, et dont le lieu est le système de l’Etat-partis (au pluriel), lequel s’oppose à l’Etat-parti (au singulier). Notons qu’un tel système n’aurait pas été reconnu comme démocratique par Rousseau (par exemple), pour qui la division organisée de la volonté générale crée un système de factions. »

Les factions, ce sont les partis politiques. Et ces partis politiques portent justement des « couleurs » comme « gauche » « droite », « centre », « centre gauche » « centre droit », etc. Ainsi, la réalité d’aujourd’hui n’est pas de s’occuper précisément de questions importantes et d’y trouver des solutions collectivement en tant que groupe social lié ensemble et motivé par un mieux-être général de tout le monde, mais plutôt une pseudo-guerre tranquille entre des partis politiques, qui se rentrent dedans pour déterminer lequel a eu le bilan le plus désastreux, par exemple.

Et quand ces partis tombent dans l’électoralisme (idée qui consiste, en gros, de faire des grosses promesses qui attirent les votes en campagne électorale et ne pas les tenir par la suite, et aussi mener une politique anti-populaire puis s’adoucir à la dernière année du mandat puis donner des bonbons politiques au peuple pour qu’il soit porté à revoter pour le parti sortant…), et bien c’est encore pire.

En somme, ce système de factions fait en sorte qu’au lieu de débattre des questions « UN peuple » ensemble, on fait des équipes (des partis) et ça ne devient plus tellement « trouver UNE réponse pour tout le monde » mais « toujours convaincre que c’est NOUS notre parti qui avons LA bonne réponse ». Or, la seule et unique réalité, c’est qu’il y a UN peuple.

Bonus: Les couleurs des « factions » politiques

Voici, à titre informatif seulement, les couleurs représentant la gauche (généralement rouge) et la droite (généralement bleue), ainsi que les tendances qui s'inscrivent dans l'une ou dans l'autre, extrêmes ou non.

Noir : Anarchisme (extrême gauche)

Rouge: Communisme (ultra gauche)

Orange : Sociale-démocratie (réputé de gauche)

Vert : Écologisme (réputé de gauche)

Bleu : Conservatisme (droite)

Blanc : Royalisme (une droite traditionnelle, en France)

Brun : Fascisme ou national-socialisme (extrême droite)

Attention! Notez bien: Au Québec, la couleur bleu et la couleur rouge peuvent avoir une autre signification, qui n'a aucun rapport avec les significations d'ici. En effet, dans le débat sur la question nationale du Québec, rouge est rattaché au fédéralisme, et bleu est rattaché à l'indépendantisme. Il faut cependant noter que sur la ligne des idéologies (factions) politiques, le rouge et le bleu, même au Québec, peuvent aussi renvoyer au communisme et au conservatisme, mais dans un autre contexte. Donc il faut faire attention quand on parle de rouge ou de bleu au Québec, car il peut y avoir confusion.

Note générale sur la suppression des partis politiques

Simone Weil, philosophe du début du XXème siècle, a réfléchi sur ces questions, comme Alain Badiou, et a aussi écrit une plaquette s’intitulant « Note générale sur la suppression des partis politiques ». Elle rejoint l’idée selon laquelle les partis politiques sont contre-productifs dans le déploiement de la volonté politique du peuple.

Notons également une autre caractéristique des partis politiques : ils sont très hiérarchisés, et les membres d’un parti doivent adhérer à une « ligne de parti ». C’est-à-dire qu’un membre de parti, et donc aussi un candidat ou député, doit se plier aux idées générales décidées dans le cadre de ce parti. C’est la raison pour laquelle quand on vote pour un parti à cause d’un des points du programme, on vote également pour tous les autres points du programme en même temps, même si on est en désaccord avec ceux-là… C’est là un problème de taille.

On a pu le voir aux élections dernières au Québec. Certaines personnes ont voté pour le Parti Libéral (PLQ) seulement pour ne pas entendre parler de « référendum », d’autres ont voté pour le Parti Québécois (PQ) seulement parce qu’ils veulent un référendum sur l’indépendance… Mais ceux qui ont voté contre le référendum n’ont peut-être pas vu le parti arriver avec son programme de forte austérité. C’est ce dont on parle quand on parle de « ligne de parti » et de « guerre de factions » : des partis qui ne s’occupent plus de parler d’idées et de solutions, mais de tirer à boulets rouges sur les « adversaires politiques ».

La fausse diversité des idées entre les partis

Croyez-vous qu’il existe 30 000 solutions à un problème politique ? Se pourrait-il que certaines personnes qui sont absolument contre le néolibéralisme, et d’autres qui soient farouchement pour le néolibéralisme, aient raison tous ensemble en même temps ?

Logiquement, il semble que c’est impossible.

Alors quelqu’un qui dit férocement être de gauche peut-il avoir tellement raison, face à quelqu’un qui dit férocement être de droite ?

Ou se pourrait-il que… les gens soient, chacun de leur côté, rendus à une étape de leur réflexion politique, et que certains aient compris plus de choses que d’autres, et que l’opinion de certain soit plus nuancée et informée que celle de d’autres, et que par conséquent, les idées en viennent à changer à ce moment-là.

Ce que nous avons compris, en fait, c’est qu’il y a de très bonnes idées dans certaines gauches comme dans certaines droites, et que les réponses aux problèmes politiques ne sont pas de gauche ou de droite, mais sont simplement des questions auxquelles on répond par des arguments fondés sur des démonstrations concluantes et qui permettent d’arriver à des solutions applicables sur la société.

Ainsi, si tout le monde était au même niveau de compréhension des enjeux de notre société, que les arguments étaient pesés et démontrés convenablement, les gens seraient d’accord sur les protocoles d’intervention en majorité, indépendamment d’une position dite « de gauche » ou dite « de droite ».

Des dérives intellectuelles : « gauchisme, droitisme »

Petit aparté : le terme gauchisme ou gauchiste (ou « gauchisse ») (utilisé surtout par des personnes de droite) est un barbarisme et on devrait lui préférer « quelqu’un qui est de gauche », « des gens de gauche », etc. On entend moins « droitisme » par contre.

Mais sans gauche, sans droite, et sans partis politiques, Que faire ?

Le « paysage » politique, sans les idées assez vides de gauche et de droite s’en porterait beaucoup mieux. Au lieu d’utiliser des termes vagues comme « gauche droite », on utiliserait des mots pleins de signification et plus clairs, pour des problèmes plus précis, et tout le monde y gagnerait politiquement.

De plus, un paysage politique sans partis politiques ne serait pas si différent de maintenant. En fait, il n’y aurait que des députés représentant leur comté, donc les problèmes spécifiques de leur comté, et les opinions politiques de leurs citoyens représentés. Ainsi, sans partis, il y aurait encore une assemblée parlementaire avec des députés, mais ils ne seraient pas tenus par une ligne de parti rigide. Ils seraient libres de voter selon leur opinion et celle de leurs citoyens représentés à chaque problème politique soulevé en assemblée.

Mais même si les partis ne disparaissent pas, cet article vous aura au moins éclairé sur la vraie signification des mots « gauche » « droite » et de leur utilité très relative. Et vous saurez maintenant que personne n’est réellement tout à gauche, ni tout à droite, et que c’est toujours un peu plus nuancé que ça. Ce qui est important, ce sont les vraies questions politiques, et les solutions potentielles qu’on peut y trouver, pour façonner notre monde vers un monde meilleur.

On termine cet article avec une petite citation de Aristote, toujours d’actualité après 2500 ans.

Aristote a dit :

La souveraineté d’une minorité ou d’une majorité n’est qu’un accident, propre soit aux oligarchies soit aux démocraties, dû au fait que partout les riches sont en minorité et les pauvres en majorité. Aussi… la différence réelle qui sépare entre elles démocratie et oligarchie, c’est la pauvreté et la richesse ; nécessairement, un régime où les dirigeants, qu’ils soient minoritaires ou majoritaires, exercent le pouvoir grâce à leur richesse est une oligarchie, et celui où les pauvres gouvernent, une démocratie.

Lorsqu’on parlait du clivage « gauche droite » tantôt, disons que le vrai clivage social est à chercher entre « les riches » et « les pauvres ». À ce sujet, lire l’article « La révolution ? » qui donne des pistes pour comprendre plus loin ce clivage riches-pauvres et les inégalités qu’il engendre.




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