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Le survivalisme

Ce qu'il est et ce qu'il représente

Posté dans Sujets de société — le 12 septembre 2015

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Le survivalisme est un courant relativement ancien qui s’est décliné de plusieurs façons depuis qu’il existe. Nous sommes, avec l’avènement du XXIème siècle (et la fin du XXème siècle), arrivés à ce qui semble être une nouvelle étape dans son histoire, après les autres « replis vers la nature », communes, micro-sociétés, ou même bunkers anti-nucléaires de la guerre froide.

Voyons ce qu’est le survivalisme, et surtout pourquoi, chez À vos cerveaux, nous ne l’aimons pas particulièrement. Et même les survivalistes, à la suite de la lecture de cet article, comprendront notre sentiment.

Survivalisme comme survie

Le survivalisme est d’abord un courant qui part de l’idée que le monde va mal, très mal. En fait, le monde va tellement mal qu’il arrivera, avec une très grande probabilité, la fin de ce monde en question, ou ce qu’on appelle la « Fin du monde connu » (qui vient de The End of the World As We Know It, acronyme T.E.O.T.W.A.W.K.I, en anglais).

Ainsi, la fin du monde connu implique une « rupture » (fin du monde connu) plus ou moins soudaine de la vie en société, du « comment vivre » avant la rupture et du « comment vivre » après la rupture, qui est un « comment vivre » présupposé, hypothétique.

Les scénarios catastrophes souvent évoqués sont les suivants :

- Effondrement économique financier mondial

- Problèmes magnétiques intenses (terrestres ou solaires) causant d’énormes dommages aux réseaux électriques et plongeant des sociétés entières en état d’urgence, ou pire

- Fin du pétrole en n’ayant pas trouvé de substitut à celui-ci

Tout dépendant du scénario catastrophe, le « comment vivre » après la rupture peut être peu ou très difficile à assumer. Il faudra donc survivre et reconstruire quelque chose comme « un monde nouveau ».

C’est pour cette raison que les survivalistes sont dans des logiques d’apprentissage de survie légères à extrêmes. Et c’est surtout pour cette raison que les survivalistes font ce qu’ils appellent « la préparation ». Ainsi, ils accumulent un stock de tout ce qu’ils auraient besoin en cas de rupture : nourritures à très longue durée de conservation, sel, iode, réservoirs à eau, filtres à eau, conserves, allumettes résistantes, et tout ce qu’on imagine avoir grandement besoin lorsqu’on part faire du « camping sauvage » (pendant des années). Ça, mais également des armes pour se défendre contre les gens qui voudraient s’approprier la nourriture, ou agresser le groupe.

Les survivalistes sont souvent organisés en groupe dans une Base Autonome Durable (une B.A.D.)

La logique survivaliste retient quelques grands principes dont celui-ci : ne pas survivre seul, mais survivre en groupe. Pourquoi ? Tout simplement, premièrement, pour des raisons affectives (les gens ont besoin des autres), puis également pour des raisons de défense, et des raisons de spécialisation. En effet, dans une BAD, il y aurait quelques-uns spécialisés en mécanique, d’autres en médecine, d’autres en dentisterie, d’autres en chasse, d’autres en armurerie, d’autres en stratégie politique, d’autres auraient la spécialité de détendre l’atmosphère ou faire rire ou divertir, par exemple. Il s’agit, dans le groupe d’une BAD de retrouver un éventail de talents et d’aptitudes qui, ensemble, donnent une grande force à la BAD afin de survivre et faire une micro-société efficace et agréable.

Les survivalistes disent également souvent qu’une personne qui tenterait de survivre seule pourrait tout simplement devenir potentiellement dangereuse, étant donné que la solitude n’est pas suffisante pour l’affection, assurer sa propre défense jour et nuit, et voir à toutes les besognes à accomplir (activités de cueillette, de chasse, de mécanique, de divertissement, etc.) Ainsi, dès que quelqu’un seul manquera de quelque chose, il deviendra l’équivalent de quelqu’un qui ne se sera pas préparé du tout, ou quelqu’un qui se sera mal préparé.

La masse des non-préparés

Selon un critère de démarcation dichotomique « survivaliste/non-survivaliste », on pourrait assimiler les « non-survivalistes » aux gens tout simplement non-préparés. Ainsi, dans un monde post-rupture qui épouserait les appréhensions survivalistes (où il n’y a pas de grand plan d’urgence déployé par l’État, avec des aides alimentaires, des aides au logement d’urgence et un cadre sécuritaire assuré), c’est-à-dire finalement dans un cadre où l’État cesse d’exister partiellement ou totalement (avec la police, l’armée, la justice, et la coercition parfois nécessaire des prisons), toute une « faune » (assez peu nombreuse mais très dangereuse) qui se retenait à cause de l’existence même de ces services aura probablement tendance à se déchaîner.

La question est donc : Dans ce scénario, que va-t-il advenir des non-préparés ? C’est-à-dire, à ceux qui ne sont pas du tout préparés à se nourrir soi-même, ou se défendre soi-même, ou en petit groupe ? (Donc avoir stocké des denrées, armes etc.)

Ces gens, dans un tel scénario (le scénario envisagé par les survivalistes) seraient laissés à leur sort, et l’effet de la faim et de la soif auraient en quelques jours raison d’eux. Nécessairement, les plus « civilisés » mourraient en premier, refusant carrément de s’abaisser à des actes de sauvagerie comme le vol ou l’agression.

Puis ceux qui resteraient en vie sont ceux qui mangeraient, et ceux qui mangeraient le feraient en volant et donc en agressant ceux qui auraient encore de la nourriture.

Les non-préparés seraient ressemblants en ceci aux fameux « zombies » qui attaquent les personnes saines (les personnes qui se sont préparées).

Dans l’éventualité où la catastrophe adviendrait au niveau planétaire, on pourrait voir la population mondiale décroître rapidement, étant donné que les gens capables d’avoir une réponse de préparation et de survie rapide sont de moins en moins nombreux (la population urbaine mondiale ayant dépassé les 50% vers 2010), continuant ainsi l’exode rural, et donc, la dépendance aux marchés d’alimentation, les citoyens étant dépossédés d’un accès direct aux terres agricoles et donc aux denrées alimentaires.

Pourquoi le survivalisme est une fausse route

Le survivalisme est un écueil. Il est une fausse route. Et voici pourquoi.

Le survivalisme imagine que le monde tel qu’on le connaît touche à sa fin, et que la société en général sera balayée dans un cataclysme qui verra naître, à plus ou moins longue échéance (après une période de désordre mortel pour la plupart), une accalmie vers un ordre nouveau éventuel.

Le survivalisme réagit donc ainsi : moi, individu, je m’agglutine avec quelques autres individus, et on va se préparer et bâtir notre micro-société, avec notre petit système de défense, et notre petit système agricole, et notre petit système de santé (avec 1 ou 2 médecins), etc.

Et puis quoi ? Et puis, le restant de la société, c’est-à-dire, les « non-préparés » ou plutôt « les endormis » comme ils se font souvent appeler : on leur souhaite bonne chance, et une mort douce et rapide.

Le survivalisme est donc une fuite de la société en général. Il implique que, pour changer la société, il est rendu trop tard, et qu’il y a une grande majorité des gens qui ne sont pas prêts à sortir du rêve de consommation véhiculé par les médias, et que ces gens sont condamnés à être des esclaves de la consommation infinie, à jamais privés de réel changement politique. Solution ? Sortir progressivement de la société, et se créer sa propre petite société.

Or… voici le problème.

Le survivalisme voudrait que lorsqu’elle s’effondre, la grande société capitaliste s’effondre d’un bloc. Le survivalisme ne semble pas avoir émis l’hypothèse de « mondialité néo-féodale », du style du film Élysium (2013), ou alors de la trilogie Hunger Games… Le concept de ces deux films est criant et très simple : une humanité dévastée dans laquelle une oligarchie des 1% s’impose dans un totalitarisme parfaitement technologique avec des robots-tueurs : quelque chose de tout à fait cauchemardesque, sauf évidemment, pour le 1% qui vivent littéralement dans… le nouveau jardin d’Éden.

Les survivalistes ne semblent pas avoir mesuré l’importance de cette hypothèse qui, en effet, rendrait leur préparation inhérente au plan d’une oligarchie que l’on sait déjà existante sur cette planète. (En effet, qui ici n’a jamais encore entendu parlé des fameux « 1% » ???)

Ainsi, en ne le sachant pas (ou en le sachant), les survivalistes feraient potentiellement le jeu de l’oligarchie, qui se prépare lentement à lancer la grande ordalie finale, pour abaisser la population, et s’ériger définitivement en « caste supérieure officielle et obligatoire » de la planète, une armée de robots à la clé (qui n’a pas encore entendu parlé des robots ?).

D’ailleurs, pour nos lecteurs qui n’ont pas encore fait connaissance avec les mystérieuses Georgia Guidestones vraiment érigées vers 1980 aux Etats-Unis par on ne sait pas très bien qui pour on ne sait pas très bien quelles raisons, voici une image des « guidelines » en question, dont la première consiste à abaisser la population mondiale à 500 millions d’individus (nous sommes 7 milliards présentement, donc cela représente un grand ménage).

Figure : Schéma qui représente les Georgia Guidestones et l'imbrication des pierres ensemble, avec les composantes astronomiques de la construction.

Figure : Les pierres sont marquées de « 10 commandements pour un nouvel âge de raison », dont voici les quatre premiers en anglais, avec le premier qui concerne la population.

Figure : Comparaison entre la dimension des pierres et des gens de taille moyenne (1,75m environ).

Pourquoi le survivalisme est tout de même vraiment important

Il est très important dans la vie de développer des réflexes de survie, de la débrouillardise, et des notions plus ou moins avancées dans toutes les disciplines de la connaissance humaine. En effet, tout le monde devrait connaître les grandes maladies, comment arracher une dent qui peut devenir dangereuse pour la santé globale d’un individu, comment faire une petite réparation sur une automobile, connaître le botulisme et autres affections graves facilement évitables… Savoir chasser, pêcher, se protéger des animaux prédateurs… Tous ces réels savoirs doivent être préservés et sus du plus grand nombre évidemment.

Mais ! Le survivalisme, qu’on qualifiera d’« individualiste » ici, n’est pas une bonne route. Il renie la société entière et traite d’une manière ignoble les « endormis non-préparés » en faisant bien potentiellement le jeu de l’oligarchie (tel que présenté dans Élysium ou Hunger Games)…

En conclusion

Disons ceci aux survivalistes et aux gens que cela intéresse : préparez-vous, certes ! Mais, rendez-vous compte aussi que vous êtes parmi les plus « éveillés » de toute la population, et cet éveil, vous avez le devoir de le propager dans les strates les moins éveillées (et les plus hypnotisées par le grand divertissement de masse). Réveillez les autres à propos des risques que nos sociétés courent et les grands problèmes de notre siècle. Restez critiques par rapport à votre potentielle instrumentalisation par l’oligarchie. Car si effondrement il y a, l’oligarchie s’en sortirait très probablement indemne, ou très peu touchée, protégée dans ses bunkers, châteaux blindés et autres retraites parfaitement fournies… Vous seriez donc, survivants oui car vous vous étiez préparé, mais finalement, dominés entièrement par le pouvoir mondial d’une caste érigée en demi-dieux, comme nous l’avons dit plus haut.

Survivalistes, bien sûr que les aiguilles de la grande montre de l’histoire indiquent qu’il est tard, mais… l’effondrement est encore évitable. Nous vous enfin laissons avec ce petit segment du Seigneur des Anneaux :

Vidéo : Merry explique à Pippin que la fuite est impossible. URL: https://www.youtube.com/watch?v=rcIwzx75OmA




Dans ce segment, Merry et Pippin discutent en présence de Sylvebarde le Ent (les Ents sont des arbres parlants et bougeants dans le légendarium de Tolkien, l’auteur du Seigneur des Anneaux). Il faut vous avertir si vous ne le savez pas que Merry est le plus brillant des deux. Lorsque Pippin dit à Merry : « Il a raison, nous devrions rentrer chez nous, ces problèmes ne nous concernent pas… », Merry répond : « Si nous ne nous occupons pas de ces problèmes et fuyons chez nous, bientôt, il n’y aura de toute façon même plus de chez nous. » Nous sommes convaincus que cette espèce de « fuite » individualiste vers des B.A.D. est un peu du même ressort que cette fuite que propose Pippin. Il faut bel et bien affronter le problème.

Enfin, effondrement ou pas, ce qui manque cruellement à nos sociétés, c’est du collectif ; ce collectif qui est le creuset réel de tout système politique véritable. C’est ce qu’il faut reconstruire et reconquérir.




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