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L'aliénation

Structure économique d'aliénation

Posté dans Sujets de société — le 29 juillet 2015

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Le mot « aliénation » est trop inconnu dans notre société, ou alors mal compris, surtout quand il est si présent tout autour de nous une fois qu’on a compris ce qu’il veut dire. En effet, l’aliénation est une notion extrêmement présente dans notre société, que vous avez probablement vécu au moins une fois dans votre vie, si vous avez déjà travaillé par exemple.

Voici ce qu’elle est.

L’Aliénation ?

Aliénation ressemble beaucoup à « alien », mais n’a rien à voir avec les « extra-terrestres » (aliens en anglais). Cependant, aliénation a beaucoup à voir avec le deuxième sens de «  alien », soit : étranger.

Ainsi :

L’Aliénation, c’est le fait de devenir soi-même Étranger à sa propre vie, ou, le fait de ne plus s’appartenir à soi-même. Autrement dit, c'est de ne pas contrôler ce qu'on fait de nous-même et de notre vie. On donne les précieuses heures de notre vie à la pure volonté de quelqu'un d'autre (notre employeur). Ces heures nous échappent, et la plupart du temps, on ne trouve pas de signification profonde à ces heures dépensées en-dehors de notre volonté.

Par exemple, lorsque vous vous levez le matin et que ça n’a aucun rapport avec ce que vous voudriez vraiment faire vous-même. Lorsque la grande majorité de votre vie est ainsi faite, vous êtes aliéné. Il faut le dire toutefois, la plus grande aliénation dans la vie contemporaine, c’est le travail.

Nous parlons du travail salarié, ou d’employé, surtout. Nous pensons à la majorité des secteurs de travail dans la société, où chaque personne se fait « embaucher » par une entreprise, ou par une société d’État (gouvernementale, municipale, régionale, etc.), où en échange d’un salaire en argent, les employés salariés acceptent de donner les heures de leur vie à toute besogne et tâche que la hiérarchie souhaite nous faire faire.

L’aliénation, donc l’idée de ne plus s’appartenir, réside justement dans le fait que ces heures de notre vie ne nous appartiennent plus, elles appartiennent à notre patron. Il ne se gêne d’ailleurs pas pour en faire ce qu’il veut, surtout dans les emplois non-syndiqués au salaire minimum. Par exemple, si le patron dit de passer le balai, ou d’aller gratter toutes les gommes du stationnement devant le commerce, il faut le faire. Si le patron a décidé que c’était correct de le faire, même s’il fait 40°C dehors, il faut le faire quand même.

Pour résumer, ne jamais oublier ceci : l’aliénation, c’est l’idée de ne plus s’appartenir, de ne plus être celui qui choisit sa vie, de ne plus être autonome.

Pour comprendre mieux l’aliénation, il faut se demander : si je n’avais pas besoin d’aller gagner de l’argent, qu’est-ce que je ferais, vers quelle activité je serais attiré automatiquement ? Qu’est-ce que j’aime dans la vie ? Certaines personnes adorent faire de la nourriture. D’autres, de la musique. D’autres aiment bâtir des choses. Et toutes ces activités sont importantes dans la vie, et une grande proportion des gens aiment les faire. Seulement, quand ça vient de soi-même, et qu’on s’implique dans l’activité productrice sans être commandé par un patron qui choisit à notre place ce qu’on fait, alors on n’est pas aliéné, parce qu’on pratique une activité qui nous plaît et dans laquelle, forcément, on trouve de la signification et une façon de s’accomplir.

D’ailleurs, pour continuer cette idée, dans le cas des entrepreneurs qui ont choisi de développer une de leurs passions en quelque chose de rentable, comme par exemple la boulangerie, le brassage de la bière, le design graphique, la musique, ou toute autre activité qui peut être une activité non-commerciale (souvent passion ou loisir), et en même temps une activité commercialisable. Il y a même des exemples incroyables de certaines personnes qui ont osé « commercialiser » leur capacité à jouer à des jeux d’ordinateur, en faire des parcours vidéos, et en les monétisant, gagner leur vie de cette manière… Mais ils font ce qu’ils aiment faire !

Et pourtant… actuellement dans notre société, les gens qui disent « aimer ce qu’ils font » sont très peu nombreux, une petite minorité. La plupart des gens n’aiment pas beaucoup leur travail, voire le détestent.

C’est que le travail, dans notre société, est accepté comme un incontournable, comme un dogme : quelque chose d’obligatoire à la vie, qui se traduit en ces mots : « Dans la vie, il faut aller travailler, gagner sa vie. » Ça se passe de tout questionnement… Et, bien sûr, c’est tout à fait erroné comme idée. En fait, la vérité serait plutôt : « Dans la vie, il faut fournir une activité productrice s’il y en a la nécessité. » Et c’est le grand changement que notre société devra faire dans les prochaines années si elle veut se remettre sur la voie de l’équilibre et de l’harmonie. Mais nous expliquerons tout ceci beaucoup plus précisément dans un article à paraître intitulé : « La fin du travail ».

Important : Histoire de la mise en place de l’aliénation

La structure de la société était bien différente il y a 250 ans. Avec l’arrivée des corporations dans les années 1850 (le XIXème siècle), tout cela a considérablement changé.

L’idée des « petits capitalistes producteurs » a été sabrée… Ces artisans, ces paysans, ceux qui avaient méticuleusement développé un métier, se sont vus progressivement remplacés par les immenses compagnies, qu’on allait appeler plus tard les multinationales : bref, les corporations.

Ce métier était souvent hérité du père, ou de la mère, puis il était pratiqué avec grand soin. Il était rare qu’un ébéniste par exemple fasse un meuble « cheap » ou de très mauvaise qualité… Ça a pu arriver quand il a fallu faire une commande rapidement, ou une commande plus économique, bien sûr, mais c’était normalement des gens qui respectaient leur ouvrage et les gens qui allaient en être les bénéficiaires.

Ces gens-là étaient surtout plus libres par rapport à leur travail que les « employés », ou « ouvriers » des grandes fabriques (usines de travail à la chaîne, corporations, etc.) C’est-à-dire qu’ils étaient les maîtres de leur propre travail. Créer un meuble pouvait, en certains cas, devenir un acte d’expression, un acte orienté vers « le bien, le beau, le vrai », et aussi orienté vers une bonne durabilité (sans obsolescence programmée). En effet, on fabriquait un meuble en y mettant du sien, avec attention, puis cela donnait souvent des meubles durables et beaux, qu’on allait restaurer après quelques décennies même, qui duraient une centaine d’années voire davantage. On fabriquait un meuble non pas pour le vendre, mais bien parce qu’il y avait quelqu’un dans la communauté qui avait réellement besoin d’un meuble.

Cette espèce de petit capitalisme, c’est-à-dire : un village peuplé de plein de « travailleurs autonomes » ayant chacun une demande pour les offres d’autrui, est le modèle des petits bourgeois de Adam Smith, modèle toutefois qui ne tenait aucunement compte des grandes entreprises d’aujourd’hui.

La corporation est arrivée par derrière au XIXème siècle. Aux Etats-Unis, surtout. Bien sûr, il avait existé des « corporations » et des « unions » ou encore des « guildes » d’artisans… mais rien de tel que la corporation capitaliste, voire le conglomérat financier. En ce sens, Lénine parlait déjà en 1905, dans « L’impérialisme, stade suprême du capitalisme » des cartels financiers et bancaires. On a l’impression de se faire dire notre époque de la finance et du capitalisme avancé dans ce livre, et c’était il y a 110 ans ! Mais 1905, c’est déjà environ 50 ans après la naissance des corporations. Il est donc logique qu’il en parle déjà à cette époque.

Alors, ainsi, la corporation amène une nouvelle dynamique : elle est le niveau supérieur de centralisation économique, après la Fabrique du Capitaliste (le bourgeois, le Capital)…

La Fabrique était l’endroit où on avait réunis les sans-terre (les gens dépossédés) après qu’aient eu lieu les « enclosures » (soit l’enfermement des terres du domaine seigneurial dans des lots privés où il n’y avait maintenant plus de liberté de circulation ni labours paysans).

« L’armée de réserve » disponible pour le Capital naissait donc ici (c'est-à-dire une immense masse de personnes sans propriété qui se cherche un emploi pour ne pas mourir de faim.) Une immense partie des paysans et artisans étaient alors transformés en « prolétaires » (ceux qui ne sont pas propriétaires de moyens de productions. Quand Joseph Proudhon disait : « La propriété c’est le vol ! », on peut en reconnaître une des possibles origines ici.). C’est en fait des gens devenus « itinérants » en « recherche d’emploi »… N’ayant plus de terre, étant déracinés, ils errent… on peut dire en fait qu’ils sont dans une situation précaire. Et c’est là qu’ils mettront leurs capacités au service d’un « patron » : le Capitaliste, représentant du Capital… un « bourgeois », qui lui, est propriétaire de moyens de production, contrairement au prolétaire. La fable des « petits capitalistes » de Smith achève donc vers cette époque, où l’aliénation arrive.

L’aliénation, rappelons-le, c’est se faire déposséder de soi-même, de son propre temps de vie. Un paysan se lève éventuellement, le matin, puis fait le plan de sa journée, selon le temps de l’année. Bien sûr, s’il a un élevage d’animaux, des pâturages, ou des champs auxquels il doit veiller, le plan de sa journée impliquera probablement un passage au champ ou chez ses animaux. Ce paysan, toutefois, est, jusqu’à un certain point, libre de produire plus, produire moins, produire juste comme il est nécessaire de produire. Les économistes appellent ceci l’économie de subsistance, c’est-à-dire, récolter et élever des légumes et des animaux juste suffisamment pour assurer la vie pendant l’année entière. Pas tellement plus.

Avec les fabriques capitalistes, la logique de l’économie de subsistance est progressivement brisée. On remplace cette ancienne logique par celle de l’économie capitaliste : logique d’expansion et de rendement maximal. Il faut « rentabiliser » au maximum les champs, et toute chose, à terme, « marchandisable ». Avec l’inversion de la logique fondamentale : on produit une marchandise et on utilise l’argent comme moyen d’échanger cette marchandise contre une autre (résumé par la formule Marchandise #1 -> Argent -> Marchandise #2 ou résumé « M-A-M’ » où « ’ » veut dire Prime). La nouvelle logique est dès lors la suivante : on échange de l’argent contre une marchandise afin d’en dégager une survaleur (une plus-value) pour avoir une quantité d’argent plus importante qu’au départ. C’est la formule Argent 1 -> Marchandise -> Argent 2, ou « A-M-A’ »… La marchandise devient donc accessoire dans la formule, et l’argent devient la principale variable de l’équation. Désormais, on ne produit plus pour répondre à un besoin, mais on produit pour faire augmenter une marge de profit qu’on retire de la création de marchandise. (Ou de création de « richesse »…)

C’est la grande dérive qui nous conduira vers l’absurdité de notre monde actuel.

Cette idéologie capitaliste est aussi supportée par l’idée de l’exploitation au maximum d’une terre. Cela contrevient à l’idée générale de « production durable » ou « en équilibre avec les écosystèmes ».

Ainsi, la Fabrique (l’usine) capitaliste se basera sur ces principes économiques à vocation d’expansion rapide, et de « capitalisation » (A-M-A’).

Cela aura pour conséquence de quitter le fameux rythme de Dieu (Pace of God) : ce rythme des saisons, lent, à la charrue et aux bœufs, dès la révolution industrielle, d’abord la révolution de la vapeur, puis la révolution pétrolière et électrique.

Les capacités énergétiques du système deviennent énormes. Avant, pour labourer un champ, il fallait des bœufs, des chevaux, et des bras d’homme. Mais avec l’arrivée de la moissonneuse-batteuse moderne… c’est toute notre façon d’accéder à la nourriture qui change, avec les engrais et autres techniques agroalimentaires.

Ceci est une conséquence heureuse du capitalisme : le développement technologique et énergétique qui nous permet, plus tard avec la machinisation industrielle une progression rapide du taux de productivité.

Malheureusement, cette courbe de productivité rapidement à la hausse n’a pas été la seule à augmenter de cette façon.

Le taux de natalité a aussi, et ce surtout dans certains secteurs du monde, progressé de façon fulgurante. Ceci veut dire : plus de bouches à nourrir en même temps. Et avec « la société de consommation », cela veut dire : des centaines voire des milliers de marchandises à distribuer à chacune de ces bouches à nourrir.

La presque-seule conséquence heureuse de la logique économique capitaliste, qui a été le développement rapide de moyens technologiques et énergétiques (mais ce surtout finalement pour assurer une création constante d’une marge de taux de profit dans A-M-A’), a participé à faire du capitalisme une logique qui a transformé les peuples qui le pratiquent en un cancer sur la Terre. Dans cette logique d’expansion et de course contre la montre, la population en augmentation exponentielle et l’étalement urbain suivant, cette logique économique est en train de remplacer tous les écosystèmes par des conurbations (villes qui finissent par se toucher et se fusionner en mégalopole, à force de s’étendre de tous bords), des quartiers, des centre d’achats, et des stationnements en asphalte et en béton.

Une « transition » qui dure 300 ans ?

Si le capitalisme a au moins permis le développement technologique (on aurait probablement pu le faire sans le capitalisme d’ailleurs), il constituait en lui-même une étape civilisationnelle entre deux mondes :

1. le monde pré-capitaliste à « productivité normale », et

2. le monde post-capitaliste à « productivité vitesse-machine »

Le capitalisme, vu de très très haut sur la ligne du temps historique, représenterait une mince ligne de transition, et non pas un vrai monde en lui-même. Même si le Capitalisme a duré presque 300 ans jusqu’à maintenant, il ne serait qu’un moment instable d’un passage d’un monde vers un autre. Il ne serait pas monde lui-même (car non-stabilisable, en déséquilibre).

Conclusion

Donc pour récapituler, le monde pré-capitaliste marchait selon une logique en équilibre avec des moyens technologiques de machines simples sans électricité ni automatisation, plus de 90% des gens s’affairaient à produire artisanalement ou, dans la paysannerie, les fruits d’une terre bien cultivée ou de belles œuvres de bois ou de métaux.

Maintenant, dans le monde post-capitaliste qu’il faudrait faire advenir, avec des outils comme la machine, l’énergie et la haute technologie à notre service, il est temps de revenir à une formule équilibrée et non plus expansionniste dans son essence pure. Le « cancer capitaliste » est assez répandu. Il est temps d’assainir les lignes de production, rationaliser les pratiques, désactiver les marchés inutiles, et surtout, respecter les écosystèmes, et que l’aliénation cesse d’exister.

Vous aurez remarqué que cet article était intimement relié à notre article sur « La liberté », dans lequel on explique le mythe de Sisyphe appliqué à une société au grand complet où lorsqu’il y a absence de liberté, donc « esclavage », chaque personne est condamnée perpétuellement à remonter un gros rocher qui, une fois presque rendu où il doit aboutir, retombe à la case départ et tout doit être recommencé éternellement.

Et pendant ce temps, la majorité des gens, aigris par leur travail qu’ils détestent, naissent, travaillent, et meurent, sans avoir fait ce qu’ils auraient pu vouloir faire s’ils en avaient eu le temps, parce que ce temps, ils en furent aliénés (on le leur avait enlevé).

Nous poursuivrons la réflexion, comme nous l’avons dit, dans un prochain article « La fin du travail », dans lequel on se reposera la question de la fin de l’aliénation. Vous savez maintenant ce qu’est l’aliénation, et vous pouvez maintenant l’identifier autour de vous dans la société. Elle est vraiment partout.

Bonus: L'aliénation et la retraite

Certaines personnes sont tellement aliénées que lorsqu'elles sont « désactivées » de leur travail définitivement, après un long terme, par exemple à la retraite, elles ne savent absolument pas quoi faire d'elles-mêmes, car en définitive, elles sont devenues leur travail. Leur travail est devenu la totalité de leur vie, de leur identité, si bien que tout rêve, toute passion, toute réflexion spirituelle, toute activité autre que leur travail ont disparu, les laissant dans un grand vide à leur retraite. C'est le choc de se retrouver, finalement, face à soi-même et à une autonomie retrouvée, trop longtemps arrachée et perdue, qui peut devenir un grand choc, et même entraîner la mort. Certaines personnes meurent lorsqu'elles prennent leur retraite, certainement par ce choc de désaliénation qui est trop intense. Ainsi, une personne peut être devenir extrêmement aliénée, et devenir à 100% le petit boulon qu'elle représente dans la machine du travail.




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